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Bilan Mensuel de l'Activité Volcanique de la Soufrière de Guadeloupe et de la Sismicité Régionale

Observatoire Volcanologique de la Soufrière de Guadeloupe (IPGP)

No. 00-10 - Octobre 2000

A - Activité Volcanique de la Soufrière de Guadeloupe

 

Niveau

D'Alerte

Actuel

Niveaux d'Alerte

Volcanique

Nature de l'Alerte

Délai possible avant une éruption

(à titre indicatif)

 

Activité enregistrée

Vert

Pas d'Alerte

Plusieurs années

Minimale - niveau de base

JAUNE

Jaune

Vigilance

Année (s)

En augmentation - variations de quelques paramètres

VIGILANCE

Orange

Pré-Alerte

mois -semaines

Fortement augmentée variations de nombreux paramètres -sismicité fréquemment ressentie

Depuis 1992

Rouge

Alerte

Imminente/ en cours

Sismicité volcanique intense, déformations majeures - explosions

1 . Sismicité Volcanique:

L’Observatoire a enregistré un faible niveau de sismicité volcanique en Octobre avec 10 séismes enregistrés, localisés sous le dôme de la Soufrière (total de 392 séismes depuis le 1/01/00). L’énergie dissipée reste très faible (magnitude maximale de 0.6). Aucun séisme d’origine volcanique n’a été ressenti par la population vivant sur les flancs de la Soufrière.

2 . Activité fumerollienne:

1) elle reste concentrée au Cratère Sud (CS) d’où émanent des gaz à forte pression, à une température de 104.2 à 107.6 °C, dont du sulfure d’hydrogène (H2S) en concentration significative, du chlorure d’hydrogène (HCl) qui forme un aérosol très  acide (pH= 1.10 le 11/10, 1.09 le 25/10), et des traces de dioxyde de soufre (SO2). Un petit lac d’eau bouillante (96.3 à 98.8°C) très acide (pH=  0.18 le 25/10) agité occupe le fond de l’évent sud (projections 1-2 m). L’extension des fumerolles (dégazage diffus, points chauds, minéraux fumerolliens) persiste sur 5-30 m à l’est et sud-est du CS. Les parois Est du CS restent instables.

2) persistance d’un débit gazeux acide significatif permanent au Cratère Tarissan qui est nettement audible et accompagné d’un flux de chaleur ressenti aux abords immédiats. Par beau temps, un panache de vapeur diffuse est visible au dessus du Tarissan depuis Basse-Terre/St-Claude à gauche du panache émanant du Cratère Sud.

3) émanation permanente variable de dioxyde de carbone au fond de la Fente du Nord.

4) Cratère Napoléon (Nord): persistance d’émanations diffuses et intermittentes de gaz sans pression.

3 . Principaux Risques et Nuisances:

Persistance dans les fumerolles sommitales d’une forte concentration en gouttelettes d’acide chlorhydrique (très corrosif, toxique), mélangé à des gaz soufrés. D’après le suivi ponctuel de l’Observatoire, l’acidité de la vapeur émanant du Cratère Sud et du lac est restée stable en Octobre suite aux pluies torrentielles du 21/09 au soir (264 mm entre 18h et 20h au sommet de la Soufrière) qui ont rapidement saturé les nappes phréatiques superficielles de la Soufrière. L’intéraction entre les gaz volcaniques au cours de leur remontée vers la surface à travers le volcan et ces nappes phréatiques saturées est donc perturbée pendant quelques jours/semaines. L’acidité du panache de vapeur du Cratère Sud diminue (la valeur du pH augmente). Nous avions déja observé ce phénomène en novembre 1999 lors du passage du cyclone Lenny notamment.

Ceci présente toujours aux abords et sous le vent des fumerolles des risques de brûlures (yeux, peau), des risques pour les voies respiratoires et engendre la persistance du dépérissement de la végétation sur tous les flancs soumis aux émanations acides.

- L'activité fumerollienne et la sismicité annuelle non négligeable restent caractéristiques d'un volcan vivant en état de repos éruptif; elles ne sont pas associées, en dehors des fluctuations normales du niveau de base, à des variations majeures des autres paramètres du réseau de surveillance (déformations, physico-chimie des gaz et sources thermales). Cependant, il est nécessaire de rester vigilant.

- L'accès au sommet de la Soufrière reste fermé sur décision du Préfet depuis le 9 août 1999.

 

B Sismicité Régionale:

Le réseau sismique régional de l’IPGP (Obs. Volcanol. de la Soufrière et Obs. Volcanol. de la Montagne Pelée) a enregistré au cours du mois d'Octobre une activité sismique particulièrement intense avec 116 séismes pour le réseau Guadeloupe (707 séismes depuis le 1 janvier 2000).

Une crise sismique a débuté le 27 octobre 2000 à 14h58 locales par un séisme d'une magnitude de 4.5 qui n'a pas été reporté comme ressenti en Guadeloupe, suivi de 3 séismes  largement ressentis en Guadeloupe dont  2 séismes le 27 octobre, et un séisme le 29 octobre:

-     27-oct-00 à 15h03 locales avec une magnitude 4.5 et une intensité de II à III sur l’Echelle Internationale des Intensités qui comporte 12 degrés (localisation   provisoiredu foyer: 17°28' Nord, 61°11 Ouest, profondeur < 10 km)

-     27-oct-00 à  15h16 locales avec une magnitude 4.8 et une intensité de IV sur l’Echelle Internationale des Intensités (localisation  provisoiredu foyer: 17°32' Nord, 61°09 Ouest, profondeur < 10 km)

-     29-oct-00 à  23h07 locales avec une magnitude 4.8 et une intensité de III  sur l’Echelle Internationale des Intensités (localisation  provisoiredu foyer: 17°30' Nord, 61°10 Ouest, profondeur < 10 km)

Ces séismes ressentis ont été accompagné de très nombreuses répliques sismiques (au moins 70 enregistrées par le réseau Guadeloupe) en date du 31 Octobre 2000 dont la magnitude est comprise entre 2.2 et 3.9.  Les séismes de cette crise ont été localisés à environ 30-60 km au sud-est de Barbude à de faibles profondeurs. Ce type de crise sismique en essaim n'est pas anormale (ex: la crise bine plus importante en 1985 à Redonda, 10 km au NO de Montserrat).

En Octobre 2000, 1 séisme de magnitude  0.9 a été enregistré par la station de l’Observatoire Volcanologique de la Soufrière située au nord de la Dominique.

C - Activité Volcanique de la région (Montserrat):

 

L’activité volcanique reste marquée par la production continue de lave en surface et donc la croissance et la destruction par effondrements et explosions successifs des divers dômes actifs. Les observations du Montserrat Volcano Observatory (MVO) indiquent que la croissance du nouveau dôme de lave qui a débuté après l’effondrement majeur du 20 mars 2000 se poursuit toujours à une vitesse modérée uniquement sur la partie Est du dôme.  En Octobre cette croissance du dôme a été encore dominée par la formation répétitive de   nombreuses aiguilles de lave visqueuse, certaines atteignant 39 m d'altitude le 25/10.  L'incandescence a été souvent spectaculaire la nuit. La sismicité volcanique reste donc particulièrement importante localisée à faible profondeur, avec de nombreux séismes caractéristiques d’une mise en pression du dôme.  Un total de 2425 séismes a été enregistré en Octobre par le réseau du MVO dont de nombreux séismes caractéristiques de petites explosions. Le dôme a été très instable en Octobre générant de très nombreux éboulements incandescents la nuit et de petites coulées pyroclastiques, uniquement vers l’est dans la vallée de Tar River, particulièrement le 2/10, et entre le 6/10 et le 13/10.  Celles-ci n'ont pas atteint la mer.  De petits panaches de cendres ont fréquemment occasioné de légères retombées de cendres sur le village de Salem et au NO sur des zones habitées.  Le volume du dôme (plusieurs dizaines de millions de m3) reste significatif, semblable au volume avant l’effondrement majeur du 20 m ars 2000 qui avait occasioné de légères chutes de cendres en Guadeloupe. La croissance du dôme s’accompagne d’un dégazage important de vapeur d’eau, de dioxide de soufre, et d’acide chlorhydrique (aérosol). Le volcan et la zone dévastée restent toujours exposés à des phénomènes volcaniques particulièrement dangereux compte tenu de la croissance continue du dôme de lave. En effet, un effondrement important du dôme pourrait avoir lieu à tout moment générant des explosions et des écoulements pyroclastiques plus importants que ceux qu’on a pu observer depuis quelques mois, accompagnés de chutes de cendres localement voire dans la région. Sources: rapports hébdomadaires du MVO.

le 15 novembre 2000, Dr. Jean-Christophe KOMOROWSKI, Directeur et Responsable Scientifique

 

Les informations diffusées dans ce bilan ne peuvent être utilisées sans y faire référence.

Destinataires - diffusion large: Présidente du Conseil Régional de Guadeloupe; Président du Conseil Général de Guadeloupe; Président Association des Maires de Guadeloupe; Maires de St-Claude, Basse-Terre, Gourbeyre, Baillif, Vieux-Fort, Trois-Rivières, Capesterre Belle-Eau, Vieux-Habitants; Groupement Gendarmerie St Claude BOER ; Dir. du Parc National de Guadeloupe; Dir, Office National des Forêts ; Dir. Régional de l’Environement; Archives Départementales (Dépôt Légal); Bureau de la Recherche Scientifique de l’Université des Antilles et de la Guyane; Déléguée Régionale à la Recherche et à la Technologie; Rectorat de Guadeloupe; Off. Départemental de Tourisme; Off. du Tourisme de la Basse-Terre. Médias: France-Antilles; Sept Mag; AFP; Télé Guadeloupe (RFO); La Une TV / Radio; Canal 10; Eclair TV / Radio Basse-Terre; Radio Guadeloupe (RFO); RCI; Radyo Tanbou; Radyo Inter’Scool, St. Claude; Emeraude Multimédia ; Média Tropical (Paris). Pour information et diffusion interne dans les services: Préfet de la région Guadeloupe; Dir. de Cabinet, Préfecture; Chef Service Interministériel de Défense et Protection Civile, Préfecture; C. Jaupart, Dir. Institut de Physique du Globe de Paris (IPGP); Dir. Institut National des Sciences de l’Univers (INSU); Y. Caristan, Président du CSERV;  P. Tapponnier, Dir. Dépt. des Observatoires (IPGP); J-L Cheminée, Dir. Observatoires Volcanologique (IPGP); J-P Viodé, Dir. Obs. Volcanol. de la Montagne Pelée (IPGP); T. Staudacher, Dir. Obs. Volcanol. Piton de la Fournaise (IPGP) ; Réunion; http://volcano.ipgp.jussieu.fr:8080/guadeloupe/Infos.htm; Montserrat Volcano Observatory (MVO); Météo France Guadeloupe; Archipel des Sciences ; DDE-Basse-Terre Cellule Prévention des Risques et Qualité de la Construction; SDIS Guadeloupe; BRGM Guadeloupe; PM Sarant, prevention@prevention2000.org ; M. Gustave, Coordonateur Risques Majeurs Académie de Guadeloupe; C.P. Shillingford, National Disaster Coordinator, Commonwealth of Dominica; Seismic Research Unit, Univ. West Indies, Trinidad; Caribbean Disaster emergency Response Agency (CEDERA); J Faye, Chef du Bureau de l’information et de la coordination interministérielle, sous-direction de la prévention des risques majeurs, Ministère de l’aménagement du territoire et de l’environnement.